Francois Piquet, art contemporain, Guadeloupe

     
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      Critiques d'Art
     
   
      PIQUET, CATATOPE !
     

Extrait du catalogue "Réparations"

Par Eddy Firmin dit Ano,
Artiste et doctorant EPA à l'Université du Québec À Montréal

       
 

PIQUET, CATATOPE !
Ce mot fait référence à ma recherche en cours sur la catatopie , soit un mot-valise qui renvoie à un entre-deux, une sorte de bigidi à mi-chemin de la catastrophe et de l'utopie. Hé quoi encore !? Eh, c'est que beaucoup d'artistes, dont François, se retrouvent à labourer la catastrophe ou la mémoire d'une catastrophe collective pour que naisse l'utopie. Mais cela n'est que la peau d'un corossol plein de paroles dont il faudra donner qu'une faible bouchée, car la parole à venir est longue à manier.
François est catatope parce qu'il est habité par un tremblement permanent, dirait certainement Edouard Glissant . Il est traversé par une tremblade provoquée par la mise en dialogue du sentiment d'appartenance et celui de non-appartenance. François est définitivement catatope dans l'âme car le catatope est en premier chef l'habitant d'un entre-deux, (géographique, culturel ou ethnique) qui ne peut s'empêcher d'équilibrer et soupeser ces deux sentiments../..

Nul doute que François tient son debout là, car engagé dans un combat bien en dehors des cadres qui ont été prévus pour lui. En bon catatope je le sais deviner le spectre d'intolérance tapi dans l'ombre de la survalorisation du sentiment d'appartenance../..

Chez François, la pratique des arts n'est pas que béatitude extatique de la forme et bouche en sauce devant la beauté vibratoire de la nature (morte de préférence). Néanmoins François entre en dialogue avec la matière et la couleur, bien évidemment il jouit de ce plaisir, mais sa première singularité est qu'il s'inscrit dans cette veine d'artistes antillais dont la pratique est également un outil de résilience collective. Il conçoit l'art comme organe d'émancipation au service de tous . En somme le premier moteur de François est le besoin viscéral de transformer son art en aiguillons de contre-pouvoir afin de participer au débat social. Sa pratique trouve sa finalité dans une utilité sociétale immédiate, loin, très loin de cette pensée que l'art ne sert qu'à l'éveil sensible de l'individu, ou encore que l'art est un butin pour riche sans grande utilité. Avec cette exposition, Réparations, François s'avance avec une proposition résolument engagée../..

Au regard de ces deux manières d'appréhender la connaissance, comprendre la systémique au fondement de la pratique de François devient dès lors un jeu. Outre le fait qu'il ait trouvé en l'île un écho assourdissant à sa manière de se dire, de lire le monde, François a été touché d'une véritable tremblade créative au contact du pays../..

Ainsi, le catatope tresse des éléments hétéroclites (symbolique ou réel) pour faire émerger du sens, il porte la polyphonie du monde qu'il cherche à comprendre et enfin il en résulte une tremblade qu'il nous communique../..
Comme François a tressé le métal pour faire naître des œuvres, il tresse l'espace entre les objets pour faire naître le sens complexe de l'univers qu'il étudie, celui de la réparation../..

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François: Get out of my shit ? - télécharger le PDF
       
       
      Un art du trouble
      Son travail est la résultante d'une expérience de vie. Son œuvre questionne la mémoire, la société guadeloupéenne actuelle et la complexité des relations humaines issue d'un rapport ancien dominant-dominé.
       
 

Les œuvres de François Piquet, dans leur fabrication comme dans leur réception, sont génératrices de trouble. Un trouble à chaque fois renouvelé en raison de leur mode de réalisation ou résultant d'un rendu final tout à fait insolite. La pratique de cet artiste est diversifiée et toujours productrice de surprise. Il réalise aussi bien des « objets » tridimensionnels que des installations, des dessins ou des productions multimédias. Sa démarche est liée à une triple action : l'appropriation (de matériaux) le recyclage et le détournement.

Il s'est tout d'abord fait remarquer en réalisant des figures, animales et humaines, en lames de métal tressées, récupérées dans une ancienne usine à sucre, Darboussier, en Guadeloupe. Ces lames de fer, destinées initialement au cerclage des tonneaux de rhum, abandonnées après la fermeture de l'usine, lui servent toujours de matériau pour réaliser des sculptures parfois imposantes.

Son œuvre est indissociable d'un lieu, la Guadeloupe, où il vit depuis maintenant une vingtaine d'années, et d'un vécu. Son travail est la résultante d'une expérience de vie. Son œuvre questionne la mémoire, la société guadeloupéenne actuelle et la complexité des relations humaines issue d'un rapport ancien dominant-dominé. Faire le choix de travailler à partir de matériaux de récupération, qu'il transforme en œuvres, est également chargé de sens. Cela informe sur une esthétique et renvoie également à une éthique.

La pratique de cet artiste peut être qualifiée d'engagée au sens social du terme. Elle renvoie aussi à la notion d'effort. Courber, tordre, tresser le fer nécessite en effet l'engagement total du corps. Créer, ici, c'est mettre le corps à l'épreuve. Des vidéos montrent l'artiste en action et révèlent à quel point la réalisation de ces formes passe par un effort physique important. L'engagement de cet artiste est donc double.

François Piquet réalise également d'autres personnages, en papiers froissés, enveloppés dans de grandes feuilles de papier, ligaturés, puis enduits de résine, nommés Mounpapyé. Ou encore en bois taillés et brûlés, d'un noir profond, Moun brilé. D'autres sculptures sont composées d'éléments hétéroclites comme du bois, du fer, du corail, des fragments d'os, du sable, des bois flottés, du tissu, des cordons lumineux, etc. Il ressort de ces productions un sentiment de violence et/ou de vulnérabilité. François Piquet produit des contrastes forts qui créent l'étonnement, interpellent et interrogent.
Dans le cadre de la Biennale de Venise 2019, il a fait le choix de présenter une installation multimédia participative, intitulée Equation décoloniale composée de deux écrans placés de chaque côté d'une sculpture centrale, laissant la possibilité au public de circuler dans cet entre-deux. Les deux vidéos sont un montage de gros plans en contre-plongée de personnes ayant répondu à un appel à participation via Internet, qui assènent des affirmations, parfois avec vivacité. L'artiste exprime dans cette œuvre la difficile coexistence des personnes, mais une coexistence nécessaire.

       
      Dominique Berthet, 2019
Membre de l'AICA France
       
       
    Une esthétique du trouble : les sculptures de François PIQUET.
   

Extrait de la revue « Recherches en Esthétique » n°17
« Le trouble », novembre 2011, p. 180 à 189 & Couverture.

Dirigée par Dominique BERTHET et éditée par le CEREAP
(Centre d'Etudes et de Recherches en Esthétique et Arts Plastiques)

Par Scarlett Jesus

   

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« Troublantes », sont aussi ces œuvres qui cherchent à susciter ouvertement des émotions fortes en confrontant le visiteur à la violence, à la torture, ou à la mort, tout en rendant ces œuvres esthétiquement attirantes par leur traitement artistique. Comme le font les poésies de BAUDELAIRE, de telles œuvres libèrent un imaginaire où séduction et répulsion, jouissance et souffrance se côtoient de façon ambigüe.
Le titre Fé et Po (« le Fer et la Peau ») donné aux dernières expositions, nous oriente vers un univers où règnent le Mal et la souffrance. Un univers, hérité d’une histoire esclavagiste puis colonialiste, mettant en scène bourreaux et victimes. Histoire dont l’Antillais a du mal à s’extraire pour se constituer une identité. A l’ARTCHIPEL, les visiteurs jusqu’alors esclaves d’un déni de réalité et plongés dans l’obscurité, comme dans le mythe de la caverne de PLATON, étaient violemment confrontés à un « éblouissement », un trouble leur permettant d’accéder à une co-(n)naissance. Tenter de déplier ces zones d’ombre, ces zones troubles de l’âme humaine peut être dérangeant, douloureux et conduire parfois à une forme de schizophrénie. Cela peut aussi constituer un exorcisme salutaire. C’est cette expérience qu’a vécu René DEPESTRE et à laquelle il convie chacun lorsqu’il écrivit : « Un jour, après avoir beaucoup lu, j'osai regarder clairement le monde (…) La fameuse civilisation moderne maintenait les yeux fermés sur les problèmes essentiels de l'homme. Et aveuglément, à perte de vue, on emprisonnait, torturait, humiliait, zombifiait, racialisait, animalisait, écorchait l'homme partout où il osait lutter pour une humanité réelle ».
A son tour, François PIQUET a entendu ce cri de l’homme que l’on a humilié, zombifié, racialisé. Ses sculptures témoignent de la prise de conscience que cet homme qui crie, comme disait CESAIRE29, « n’est pas un ours qui danse ». A son tour, il se veut agitateur de consciences.

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    L’Univers trouble de François PIQUET.
    Texte paru sur "Gens de la Caraibes" et intégré au catalogue de "LE FER & LA PEAU"

par Scarlett JESUS, critique d'art, janvier 2011.
   

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L’émotion esthétique produite par l’exposition des grandes sculptures de François PIQUET est de même nature que celle éprouvée à la lecture des Fleurs du mal. L’ambigüité de l’émotion (plaisir/dégoût) ressentie face exposition « Le Fer et la peau  n’aurait pu que séduire l’auteur d’une Charogne  qui est aussi celui qui, dans l'Héautontimorouménos affirmait : « Je suis la plaie et le couteau! ». Baudelaire, en inventant la modernité en art, a été l’un des tout premiers à percevoir que l’émotion esthétique avait partie liée avec « le trouble », la plongée dans les zones d’ombre de l’âme humaine. François PIQUET cherche lui aussi à donner forme à l’informe, à ce que l’Antillais porte enfoui au plus profond de lui-même : la souffrance liée à son histoire douloureuse, qui a fait de lui une victime de la violence et du mépris de l’Autre. Mais aussi la fascination à l’égard de cette souffrance. La démarche de François PIQUET est donc courageuse. Elle donne lieu à une création puissante qui s’interroge également sur les problématiques artistiques actuelles : les questions de forme et de représentation, l’interpénétration des différents arts, le choix des grands formats pour « élever » le sujet, le rapport au corps, ou celui encore des matériaux utilisés. C’est donc une très belle exposition. Troublante… et c’est tant mieux ! « Crénom » !

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    "L'art se situe dans l'intervalle, mince comme la peau, qui sépare la vérité du mensonge".
Monzaemon Chikamatsu
   

Texte paru sur "Gens de la Caraibes" et intégré au catalogue de "LE FER & LA PEAU"

par Nathalie Hainaut, critique d'art, Guadeloupe 2011.

   

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Proches du concept d'Art modeste définie par Hervé Di Rosa, artiste contemporain de renom et fondateur du MIAM, Musée International d'Art Modeste installé à Sète, les œuvres de François Piquet sont composées de matières banales à forte valeur émotionnelle et souligne une fois de plus l'importance de la fonction de l'art "d'envahir la vie", pour "la rendre moins dérisoire".

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